Construite en 1880, la batteuse hydraulique d'Audressein est un des témoins de l'ingéniosité des hommes à utiliser la force d'un élément naturel : l'eau.

 

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Sur la rivière de la Bouygane, un canal d'amenée est aménagé pour permettre le fonctionnement du moulin à farine et de la scierie du quartier artisanal. Joseph Pic, dont les descendants possèdent encore la batteuse, est à la fois menuisier, éleveur, industriel et chevalier du mérite agricole...

autant de talents qu'il va mettre au service du village en annexant la batteuse et ses machines au moulin et à la scierie. Il utilise bois de peuplier, pierres de rivière et ardoises de pays pour édifier la structure de l'édifice et met en place un système hydraulique unique en France pour cette époque. L'originalité de son concept qui utilise l'eau du canal d'amenée pour transmettre aux machines la force hydraulique qui les met en mouvement, va servir l'activité économique de la commune et des environs de 1883 à 1946.

En 1882, sur le chemin du Biouès à Audressein, existe déjà un moulin qui appartient à Pierre Bardou. Le meunier demande à Joseph Pic son voisin, d'installer des machines(batteuse et tarare) sur son terrain.

Le 18 janvier 1883 M. Pic acquiert ce terrain.

Les deux machines sont placées côte à côte enplein air et l'activité du battage peut commencer. Un voisin

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se plaignant de la poussière et du bruit liés à cette activité, amènera Joseph à construire un hangar pour abriter les machines.

 

Le 18 septembre 1888 la commune souhaite vendre à M. Pic «seul propriétaire riverain» un second terrain provenant de l'excédent du chemin du Biouès.

L'acte de vente est passé le 30 octobre 1888 devant Me Morère, notaire à Balaguères. Les deux machines sont alors installées sur ce nouveau terrain plus accessible du chemin pour les charrettes.               "Le Battage du grain" - 1904 - Carl LARSSON

En 1889 Joseph décide de les abriter sous un hangar ouvert et couvert d'une toiture d'ardoises. A cette époque, les machines sont au rez de chaussée ; au premier étage se trouve un grenier dont le plancher est situé à 2 m 45 du sol de l'atelier. Un plan montre que le ventilateur est à 5 m 20 de la maison voisine et la batteuse à 8 m 05, recouverts du hangar de 12 m de long.

En 1890, le bâtiment est prolongé d'un mur de moellons et mortier de chaux de 3 m 40, ce qui donne au total 15 m 40 de long et 7 m 50 de large pour 2 m 90 de haut. La surface recouverte est de plus de 11 m2. La charpente repose d un côté sur ce mur et de l'autre sur de forts poteaux en bois. L'inclinaison de la toiture en ardoises est de 45°, les deux parties du toit sont symétriques,



Le 4 août 1891, on installe dans la partie sud-ouest unefaçade mobile qui permet d'aérer le bâtiment lors du dépiquage.
Plus tard, le moulin, transformé en maison d'habitation par son propriétaire entraîna la modification du toit de la batteuse. A la suite de cette transformation le bâtiment, qui à l'origine enjambait le canal de fuite, prit cette forme triangulaire si particulière que l'on remarque encore aujourd'hui. La murette qui reçoit le pont-levis est un vestige de l'ancienne architecture du bâtiment.

Les machines seront installées à l'abri désormais, sous cette étrange bâtisse qui reçoit l'eau dérivée de la rivière Bouigane, laquelle est canalisée pour mettre en mouvement la turbine qui actionne le "Ventadé" (ventilateur) et la batteuse qui se trouve au 1er étage. Cette construction avait aussi pour fonction la protection contre les nombreuses crues, qui dés lors sécurisera les machines .

 

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Les agriculteurs des communes voisines qui n'avaient pas de cours d'eau comme Cescau, Arrout ... apportaient leur récolte la veille du dépiquage: « le Sieur Picfournit à ses clients les machines et un homme pour les conduire ». (Girons Dedieu, père de Pierre occupera ce poste d'égraineur et d'homme de confiance quelques années plus tard).

 Chaque Journée de travail était consignée dans un carnet tenu depuis 1884, et l'ouvrier spécialisé était payé quotidiennement. 

Chaque famille  apportait sa récolte dans la cour la veille au soir selon un calendrier très précis. Une équipe de quinze personnes, parents et amis ainsi que les enfants prêtaient main forte à l'égraineur. Le soir, à l'issu du battage, les sacs de blé étaient acheminés chez le meunier voisin et ami de Joseph Pic: Pierre Bardou qui transformait le grain en farine dés le lendemain.

Un plantureux et joyeux repas confectionné par chaque famille, clôturait la journée de labeur.

 

. Après la guerre, la batteuse tombe peu à peu dans l'oubli, les battages s'estompent, les turbines de taisent... Aujourd'hui, perpétuant l'esprit de son créateur, l'association ARTSriège s'applique à lui redonner vie autour d'évènements variés : Visites, Expositions, Spectacles, Journées du Patrimoine, Artistes dans la Rue, Concerts dans l'église romane de Tramesaygues, Semis et Moissons à l'ancienne, etc...

A l'étage, la reconstitution d'une ancienne estrade a pu se faire grâce au témoignage de Denise Mahenc:" Nous les enfants du quartier, après le travail, avions la permission de nous réunir au 1er étage où nous chantions et dansions une bonne partie de la nuit pendant que les parents restaient à table.

Un copain accordéoniste installé sur l'estrade mettait de l'ambiance. Les boîtes de nuit n'existaient pas!! C'est ici que nous étions les plus heureux!!!"

Denis nous a quitté peu de temps après ce récit qui illuminait son visage: C'est pour cela que nous l'avons refaite à l'identique.

Autre acteur de cette histoire , Jean de l'Engoués est tenu à déposer ici le fléau originel de ses parents réalisé avec  2 branches récoltées dans la forêt et reliées par un bout de métal. C'est un don émouvant.

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"La Batteuse Hydraulique au XIXème siècle"
AUDRESSEIN, Ariège
patrimoine mondial de l'UNESCO
Classée à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 04/12/2002.
Label de la Fondation du patrimoine le 28/08/2003,
Premier prix "Initiative région" de la banque populaire du Sud le 02/10/2004,
Lauréate de la Fondation d'Entreprise à Paris le 13/01/2006,
Remise de la mention spéciale "Trésors Occitans" à Toulouse le 29/09/2007 par le prince consort Henrik de Danemark à l'Hôtel d'Assezat.

 

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